Rik Wouters ou la passion des couleurs.

Le métro, les rues de Bruxelles sont pleines d’affiches, la presse se fait aussi l’écho d’une belle rétrospective Rik Wouters.

17311310_10212466060149719_7490870321590088080_oLes peintures, esquisses et sculptures de Rik Wouters, né en 1882, cent ans après sa mort, nous touchent encore, comme en témoigne la rétrospective au Musée des Beaux Arts, issues des collections privées et publiques (provenant notamment d’Anvers). Son oeuvre inspire des artistes contemporains.

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Lies Van Gasse, artiste visuelle, poétesse, enseignante

Ainsi, à Anvers, Nick Andrews appartiendrait au fauvisme brabançon, comme lui. Andrews fut curateur d’une exposition sur ce mouvement en 2016 au FeliXart Museum à Drogenbos. Le poète-essayiste Bernard Dewulf a rédigé, quant à lui, la préface d’une belle biographie : Eric Mins biografie van Wouters. Rik Wouters à Anvers fut un incontestable succès.

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Le poète-essayiste Bernard Dewulf explique son enthousiasme par la visite de la Forêt de Soignes, familière à Wouters, puis par la contemplation de ses oeuvres à Anvers, où il vit depuis 25 ans.

Rik Wouters est né à Malines en 1882, mais créa la plus grande partie de son oeuvre à Bruxelles, où il étudia dès 1900 à l’Académie Royale des Beaux­-Arts, rue du Midi, avant de se marier en 1905 avec la Schaerbeekoise Nel Duerinckx, sa muse. Ils habitaient au Coin du Balai à Boisfort…

Académie Royale des Beaux­-Arts, Rue du Midi, Bruxelles

Rik Wouters commence à travailler en 1894 dans l’atelier de son père, sculpteur-décorateur de meubles. Il suit ensuite les cours de l’Académie de Malines (vidéo) à partir de 1897, puis de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles à partir de 1900, notamment le cours de « sculpture d’après nature » donné par Charles Van der Stappen. Il s’y lie avec Fernand Verhaegen etEdgard Tytgat. En 1905, il rencontre Nel, modèle pour artistes, qui devient sa femme et muse. Sans revenus, le couple est contraint de vivre chez le père de Rik, à Malines. Ils reviennent à Bruxelles, d’abord dans un logement misérable de Saint-Josse-ten-Noode, ensuite à Watermael-Boitsfort : pour soigner la tuberculose de Nel, ils s’installent en 1907, rue de la Sapinière, en bordure de la forêt de Soignes, sujet de nombreuses toiles.

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Lies Van Gasse , artiste visuelle, poétesse, enseignante, s’enthousiasme des esquisses de Wouters, souvent à l’encre de Chine. Elle souligne que l’artiste dessinait en couleurs. Elles sont fondamentales, préalables aux formes, figurations et expressions. Ses oeuvres, son atelier sont des explosions de couleurs, alors que sa vie fut bien sombre. Ses oppositions de rouge et de vert, exprimant ombre et lumière, ou inversément, confinent à l’abstractionIl usait du rouge ou de l’orange pour créer une présence (Nick Andrews).

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Après l’exposition à Anvers, le Musée des Beaux Arts, à Bruxelles, rue de la Régence devrait mieux faire connaître ce génie.

Bernard Dewulf: ” Wouters est bien plus qu’un peintre naïf, il percevait bien ce qui était en jeu de son temps. Ses lettres témoignent de son admiration pour Van Gogh, Ensor, Gauguin, Cézanne, les Anglais d’Art and Craft.” Eric Min lui a rendu justice.

Andrews rappelle son amitié pour Edgard Tytgat, Jean Brusselmans …  Il réalise un buste en plâtre de son ami Edgard Tytgat qui sera coulé en bronze plus tard. Par les sujets, choisis dans la vie quotidienne, Wouters continue à nous parler.

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La repasseuse (1912) qui immortalise Nel, la compagne et la muse, dans l’intimité domestique, compose un puzzle de couleurs réparties selon leur poids dans un équilibre parfait. La perspective classique héritée de la Renaissance n’est pas chamboulée, mais la couleur emporte le personnage et les éléments du décor domestique par l’aplat des couleurs sur un seul plan (photo :  Rik Wouters. 10/03 >02/07 ).

17200939_10212391769852508_3235086479461091156_nMettant en avant ce portrait de l’artiste, Lies Van Gasse et Peter Theunynck ont publié la biographie de sa muse Hélène ‘Nel’ Duerinckx, Nel, een zot geweld. On connaît les autoportraits de Rik Wouters. On est moins au courant de ceux peints par ses amis artistes : au musée des beaux-arts de Bruxelles, une toile de Fernand Verhaegen, datée de 1910 et portant le titre Rik Wouters et son modèleEdgard Tytgat avait, lui, croqué ses deux amis Wouters et Fernand, accompagnés de leurs épouses, dans un dessin à l’encre de Chine datant de 1907 et intitulé La Ligue des peintres wallons.

Au début de sa carrière, Rik Wouters, fasciné par James Ensor, peint au couteau des natures mortes et des intérieurs. Il dessine énormément à l’aquarelle, au fusain, des études de nus, des portraits. Il utilise des couleurs claires appliquées sur du carton, car les toiles sont trop chères. Des reproductions en noir et blanc lui font découvrir en 1911 Paul Cézanne . Il abandonne le couteau pour la brosse. L’année suivante, il se rend à Paris . Il admire beaucoup Vincent van Gogh, ses couleurs se font plus chatoyantes. La référence à Henri Matisse est aussi perceptible. Nick Andrews souligne l’affinité avec Henri Matisse, également par les sujets, choisis dans la vie quotidienne.

photo : Wikipédia, Soucis Domestiques (1913), Cologne, Rheinpark. Le sculpteur Rik Wouters est moins moderne que le peintre. Il est dans le sillage de Rodin. Une exception, la Vierge folle, un bronze de 1912, titré aussi  la joie de vivre ou la danseuse folle, inspiré par une chorégraphie d’Isadora Duncan.

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La Vierge Folle, qui est inspirée par la danseuse Isadora DuncanMiddelheimpark

Il signe un contrat avec la galerie Georges Giroux qui lui fournit une rente mensuelle en échange de la moitié du produit de la vente de ses œuvres. Rik Wouters peint une soixantaine de toiles en 1912, année où il expose avec Ramah (Henri Ramaeker), Ferdinand Schirren et Pierre Bonnard, membre du groupe des nabis. L’exposition qui se tient à la galerie en 1914 lui apporte la consécration; la Première Guerre mondiale éclate. Il peint avec Alexandre Struys les premières scènes de la guerre. Mais, mobilisé, il se retrouve interné dans un camp aux Pays-Bas. Il souffre des premiers symptômes d’un cancer de la mâchoire. Il s’installe à Amsterdam en 1915 avec Nel et continue à peindre. Il perd un œil à la suite d’une opération. Il réalise encore une exposition en février 1916 et meurt quelques mois plus tard, le 11 juillet 1916 (video).

Rik Wouters en Nederland

Rik Wouters, fauché par la mort en 1916 à l’âge de trente-trois ans ! Une autre explosion de couleurs et de lumière dans les ténèbres, avant Dada … (vidéos).

Son œuvre sera qualifiée de « fauvisme brabançon », lorsque cette appellation sera inventée par Fierens en novembre 1941…

 Qualification adoptée aujourd’hui.

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Jp Legrand

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